Mardi 14 avril 2009 2 14 /04 /Avr /2009 00:21
  Pour la première fois depuis que je le suis je dois me battre. Nous sommes arrivés au bord de ce que j'appelle la mer, sans savoir si c'en est une, depuis quelques jours. Il dort de plus en plus. Nous nous sommes installés sur la jetée abandonnée d'une ville tout aussi abandonnée. Il n'y a partout que le gris du béton qui s'avance dans le gris de l'eau. La mer me fait forte impression. Au début elle m'a déçu, je m'attendais à quelque chose de plus violent, de plus agité. Maintenant je comprends que ce n'est pas ça qui l'intéresse : la mer arrive toujours à ses fins, elle ronge la côte, elle avale, elle engloutit inexorablement tout ce qui est sur son passage.

  Il dort, allongé sur le dos, au bout de la jetée, à même le béton crevassé sur lequel des plantes noires commencent à pousser. Moi je suis debout et je regarde ceux qui viennent vers nous. J'essaie de le réveiller pour qu'il m'aide mais il y a longtemps qu'il n'écoute plus personne, même éveillé ; endormi, il semble être devenu complètement minéral. C'est un petit groupe d'hommes, trois ou quatre, quatre ; deux d'entre eux tiennent fermement des sortes de gourdins que je n'arrive pas bien à distinguer ; le troisième, un objet brillant et très pointu ; le dernier porte une grosse pierre à deux mains et reste en retrait. Moi je n'ai que mes ongles et mes dents.

  Je suis complètement tétanisé. Ils approchent pas à pas, sans se presser ; il n'y a aucune autre issue que l'affrontement, qu'ils vont remporter. C'est ma mort que je regarde venir et malgré tout ce que nous avons traversé je n'en ai pas encore assez de vivre. Derrière eux les bâtiments gris et leurs fenêtres semblent m'adresser des regards moqueurs. J'entends les marmonnements indistincts de la mer. Le ciel est moins rouge que d'habitude. Ils sont maintenant très proches de moi ; quasiment nus ; l'oeil n'est la fenêtre de rien. Alors je me sens bien. Je n'ai plus d'autre choix que de me battre et de mourir et tout m'apparaît très simple. J'ai envie de ce combat. Je me rue sur eux en hurlant ; le premier, en un geste pourtant lent et très large, m'assène sur le côté du visage un coup d'une puissance telle que j'ai l'impression d'avoir perdu la moitié de mon crâne. Quatre détonations.
Par Pierre Poing
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