Lundi 30 mars 2009
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Ils sont deux. Ils rentrent et s'installent près du feu. La femme est avec un homme qui a l'air complètement perdu. J'ai l'impression qu'il ne remarque même pas les cadavres. Je suis blotti
dans un recoin plein d'ombres et je pleure, je tremble, j'ai vomi sur moi, j'essaie de ne pas faire de bruit. La femme est couverte du sang de mes frères. Ils se sont battus et ils sont morts ; je
la tuerai. Plus rien ne compte. Ma vie sera vengeance et la scène de barbarie à laquelle je viens d'assister en est le point de départ.
Je ne sais pas d'où ils viennent et pendant un moment mon esprit hébété s'égare, cherche une histoire à ces deux ombres en haillons qui maintenant s'assoient près du feu. La femme parle
beaucoup, l'homme ne répond pas, je pense qu'il est fou ou alors mentalement déficient, mais je lis dans ses yeux du dégoût, de l'ennui, de la culpabilité. J'imagine qu'il vient d'un cimetière
quelque part à l'ouest. Il paraît que là bas vivent des hommes qui déambulent parmi les tombes fraîchement creusées et mangent d'autres hommes. C'est ce que mes parents m'ont dit et je les crois.
Peut-être qu'ils vont manger ma famille. La femme, elle, vient de très loin ; ses yeux me disent qu'elle n'en est pas à son premier meurtre et mon imagination fait d'elle un ancien soldat.
Ils sont en voyage, en voyage vers où, je ne peux pas le dire, mais je sens qu'ils fuient plus qu'ils n'avancent ; tout en eux indique qu'ils préfèrent aller vers rien plutôt que de
rester quelque part, et j'en déduis que ça y est, ce que disait grand-père est vrai, le monde a commencé à finir, les hommes qui restent l'arpentent en attendant leur propre destruction, et au
fond de moi je remercie cette femme et son fusil qui viennent de donner à ma vie un sens.
Par Pierre Poing
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