Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 01:06
  Tu sais, quand je les ai vus, adossés à la mer, je n'ai pas pu m'en empêcher. Un vieux réflexe peut être, imprimé en moi par des années de conditionnement, c'est à toi de me le dire ; je ne me pose plus ce genre de questions depuis longtemps. J'agis. Lui, dormait ; et l'autre, je ne savais pas bien qui il était, mais il avait l'air de vouloir en finir. Je savais bien qu'à quatre contre un il n'avait aucune chance mais ça ne m'a pas empêchée, pendant un instant, d'admirer son courage.

  Alors j'ai regardé un moment les coups qu'ils se donnaient. Le combat était à sens unique, lui dormait, les quatre distribuaient les coups à celui qui résistait. Depuis le toit du bâtiment gris sur lequel j'étais juchée, je trouvais cette scène magnifique. La distance annihilait tous les sons. J'avais l'impression que les combattants se livraient à une danse macabre et silencieuse. Ca me plaisait et me rappelait beaucoup de souvenirs. Enfin l'autre est tombé et il ne bougeait plus, les quatre le rouaient de coups avec leurs armes de fortune.

  Comme avant, j'ai tiré, à quatre reprises. Les quatre coups ont fait mouche. Ils sont tombés, les uns sur les autres, formant une pyramide de chair. Lui, ne semblait avoir été réveillé par rien ; l'autre, pris sous les corps, manifestement inconscient, ne bougeait pas non plus. Sur la jetée on ne voyait qu'un enchevêtrement de membres inertes. Pendant un moment tout s'est arrêté. Puis des bourdonnements ont commencé à retentir dans tous les bâtiments abandonnés et des centaines de personnes en sont sorties et se sont dirigées vers la jetée ; elles ont saisi les six corps inertes et les ont emmenés. Je ne pouvais rien faire d'autre que m'émerveiller devant la discrétion absolue de ces êtres faits d'ombres.
Par Pierre Poing
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