Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 12:18
  J'ai supposé que ce n'était pas par hasard que j'avais atterri sur un tas de cadavres. J'ai repris conscience assez vite et je suis resté longuement allongé à contempler le ciel de plus en plus rouge. J'étais empêtré dans un enchevêtrement de bras et de jambes plus ou moins attachés à leurs corps d'origine, et je réfléchissais. Ce qui commençait à poindre en moi c'était un sentiment de lassitude profonde. J'en ai assez j'ai pensé. Cela faisait trop longtemps que je me laissais marcher sans but et que j'attendais de disparaître sans que rien de tel n'arrive.

  Fatigué par le froid des corps et les démangeaisons multiples qui me torturaient j'ai décidé de me lever. Le spectacle était magnifique puisque le sol était complètement ravagé : des cratères énormes, à perte de vue, jusqu'aux collines qui elles mêmes en étaient mouchetées. Derrière moi, la ville portuaire grise, elle aussi, n'était plus qu'un champ de gravats. A mes pieds, des débris de bois, des corps humains, en tas. Mes compagnons d'enterrement j'ai pensé. C'était gentil de leur part d'être venus, à ces proches.

  J'ai essayé de parler mais c'était trop difficile. Puis à force d'essayer et d'échouer ce qui m'est venu c'est une bordée de jurons et là ça a fonctionné. J'avais décidé de changer de vie, puisque même sous terre on ne voulait pas de moi. Ce qui m'animait maintenant c'était l'envie d'en découdre avec le monde, de m'y confronter physiquement, d'y laisser des traces profondes. J'ai commencé par enfoncer dans le sol, à coups de pied rageurs, le crâne du corps le plus proche. L'effort m'a épuisé et je me suis écroulé. Faire des choses c'est fatigant j'ai pensé.
Par Pierre Poing
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus